Une première mondiale sous la mer du Nord
Dans le cadre du projet Northern Lights, branche opérationnelle de la stratégie nationale Longship, la Norvège a injecté pour la première fois du CO₂ industriel à 2 600 mètres sous le plancher océanique. Le gaz provient de la cimenterie Heidelberg Materials de Brevik, au sud du pays. Capté, liquéfié puis embarqué sur un navire spécialisé, il a été transporté jusqu’à la station d’Øygarden, d’où un pipeline sous-marin de 100 km l’achemine vers le réservoir géologique Aurora.
Là, le CO₂ est piégé dans des couches rocheuses étanches, conçues pour le retenir pendant des millénaires. Une prouesse technologique qui pourrait transformer la manière dont l’Europe gère ses émissions.
Une alliance énergétique d’envergure européenne
Equinor, Shell et TotalEnergies sont les trois partenaires de Northern Lights. Ensemble, ils ont mis en place une chaîne complète : captage, transport maritime et stockage géologique. C’est Equinor, géant norvégien de l’énergie, qui a supervisé la construction et assurera l’exploitation à long terme.
La phase 1 permet de stocker 1,5 million de tonnes de CO₂ par an. Et déjà, cette capacité est entièrement réservée par des industriels. Dès 2026, le projet deviendra transfrontalier, accueillant aussi des volumes venus du Danemark et des Pays-Bas. Une première mondiale à cette échelle.
Une expansion déjà prévue
En mars 2025, les opérateurs ont annoncé une phase 2 ambitieuse : la capacité sera portée à 5 millions de tonnes par an, grâce à de nouveaux puits d’injection, davantage de navires et des installations portuaires élargies. L’Union européenne soutient cette extension avec 153 millions de dollars via le programme Connecting Europe Facility for Energy.
Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le marché mondial du captage et stockage du carbone (CCS) pourrait dépasser 200 milliards d’euros d’ici 2035, avec une croissance annuelle de près de 18 %.
TotalEnergies, pionnier européen du stockage de CO₂

Le groupe français TotalEnergies n’est pas en simple observateur : il joue un rôle central dans la conception des systèmes d’injection et dans l’analyse de la stabilité du réservoir Aurora. Fort de son expérience en forage profond et en logistique offshore, notamment en mer du Nord, l’industriel entend faire du stockage du carbone un nouveau modèle économique, destiné à des secteurs difficiles à électrifier comme le ciment, l’acier ou la chimie lourde.
Pour l’entreprise, il ne s’agit pas seulement de compenser ses propres émissions : c’est aussi l’opportunité de bâtir une filière complète, où des clients paient pour enterrer leur CO₂ de manière certifiée.
Transformer une idée ancienne en réalité industrielle
Le principe du stockage géologique du CO₂ existe depuis les années 1990. Pourtant, moins de 40 sites dans le monde en font réellement usage à l’échelle industrielle. Northern Lights change la donne : ici, tout est pensé comme un service, avec un réseau logistique complet, des clients identifiés et un suivi de long terme.
En d’autres termes, le CO₂ devient une matière première inversée : on le capture, on le transporte, on le facture… puis on l’enterre.
La Norvège, futur “puits de carbone” de l’Europe
Avec ses formations rocheuses sous-marines stables et étanches, la Norvège possède un atout géologique rare. Si le modèle Northern Lights réussit, il pourrait inspirer d’autres pays et contribuer à réduire l’empreinte carbone de l’Union européenne, qui s’élevait encore à 2,5 milliards de tonnes en 2022.
Le pari est clair : faire du pays le centre de gravité européen du stockage de CO₂. Une manière, pour ce petit État nordique, de s’imposer une nouvelle fois comme laboratoire énergétique mondial.














