Depuis presque dix ans, le compteur Linky suscite débats et crispations. Présent dans plus de 95 % des foyers français, il continue malgré tout d’alimenter la contestation. Et si les batailles judiciaires se raréfient, certains irréductibles refusent toujours de céder, quitte à payer une taxe imposée par la Commission de régulation de l’énergie (CRE).
Un déploiement massif, mais pas total
Depuis 2015, Enedis a installé plus de 37 millions de compteurs communicants. Pourtant, environ 2,1 millions de foyers n’en sont pas encore équipés. En Bretagne, par exemple, des collectifs comme celui de Rosporden dénoncent une taxe « punitive et injustifiée » appliquée à ceux qui persistent dans leur refus.
Du côté d’Enedis, l’argument est clair : le maintien d’anciens compteurs entraîne un surcoût de gestion, car chaque relève doit être effectuée manuellement. L’entreprise insiste également sur le principe d’équité : il ne serait pas normal, selon elle, que les usagers équipés du Linky financent indirectement les frais supplémentaires engendrés par ceux qui ne le sont pas.
Des recours en justice rarement victorieux
Les collectifs anti-Linky sont encore nombreux. La Plateforme opérationnelle anti-Linky (POAL) recense près de 181 structures locales, mobilisées autour de trois principales inquiétudes :
- le risque sanitaire lié aux ondes électromagnétiques,
- la protection de la vie privée et des données,
- d’éventuels problèmes techniques.
Mais devant la justice, la tendance est peu favorable aux opposants. En 2020, la Cour d’appel de Bordeaux avait estimé que Linky n’était pas strictement obligatoire. Une petite victoire qui a nourri l’espoir des contestataires. Pourtant, la Cour de cassation a depuis tranché : les usagers ne peuvent refuser l’installation, car Enedis agit au titre de ses prérogatives de gestionnaire du réseau public.
Quand la santé entre en jeu
Reste une exception : celle des personnes déclarant une électrosensibilité. Dans de rares cas, des tribunaux ont appliqué le principe de précaution, sans exiger de preuves scientifiques définitives sur la nocivité des ondes. Résultat : une quinzaine de particuliers ont obtenu le retrait pur et simple de leur compteur, ou l’installation de filtres antipollution électrique.
Ces situations demeurent marginales, mais elles rappellent que le débat sur l’impact sanitaire du compteur n’est pas totalement clos. L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a pourtant conclu à plusieurs reprises que les niveaux d’exposition restaient bien en dessous des seuils dangereux pour la santé. Cela n’empêche pas certains citoyens de rester méfiants.
Une contestation qui s’essouffle ?
En 2025, les rangs des opposants se sont clairsemés, mais la fronde n’a pas disparu. Si la plupart des foyers ont fini par s’équiper, par contrainte ou par lassitude, quelques collectifs maintiennent la pression. Ils voient dans Linky une atteinte à la liberté individuelle et au droit de disposer de son logement.
Reste que, pour Enedis comme pour la CRE, la page semble tournée : la généralisation du compteur communicant répond à une directive européenne de 2009 et s’inscrit dans la modernisation du réseau électrique.
À la fin, la question n’est peut-être plus de savoir si le compteur s’imposera à tous, mais combien de temps encore les irréductibles anti-Linky tiendront face à une machine administrative et juridique qui, elle, ne semble pas prête à céder.














