La patience d’Enedis a ses limites. Dès ce vendredi, les foyers qui n’ont toujours pas installé de compteur Linky verront apparaître sur leur facture une nouvelle ligne baptisée « relève payante ». Concrètement, 1,7 million de clients, soit moins de 5 % des usagers, devront s’acquitter de 7,78 euros TTC tous les deux mois (6,48 euros HT). Une somme modeste, mais qui représente tout de même près de 47 euros par an.
Et ce n’est pas tout : ceux qui refusent également de transmettre eux-mêmes leur relevé de consommation paieront une majoration de 4,97 euros TTC (4,14 euros HT) à chaque bimestre. Aujourd’hui, environ un quart des récalcitrants se trouvent dans ce cas.
Jusqu’ici, seuls les clients totalement muets vis-à-vis d’Enedis, sans installation de Linky ni auto-relevé depuis un an, étaient facturés 10,20 euros HT tous les deux mois. Désormais, la note s’élargit à tous les retardataires.
Pourquoi ces frais ?
Pour le gestionnaire du réseau, ces montants ne sont pas une punition, mais le reflet de coûts bien réels. Maintenir les anciens compteurs impose encore des relevés à pied, des contrôles spécifiques et un système technique parallèle. « Ces frais correspondent aux charges supportées pour continuer à gérer des dispositifs dépassés », précise Enedis dans son communiqué.
Ces tarifs sont appliqués dans le cadre du Turpe (Tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité), fixé par la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Comme pour les autres composantes de la facture, ils pourront évoluer chaque année selon les ajustements décidés par la CRE.
Linky, un compteur sous surveillance
Le petit boîtier vert pomme reste une source de débats, mais il équipe déjà 38 millions de foyers français. Sa force : transmettre toutes les quatre minutes des données de consommation, permettant à Enedis de suivre en quasi temps réel la consommation d’un foyer, sans déplacement de technicien.
Ce déploiement massif n’est pas un caprice national : il répond à une directive européenne de 2009, qui impose la modernisation des réseaux électriques. Depuis mars 2025, Enedis a multiplié les campagnes d’information auprès des derniers sceptiques. Résultat : plus de 100 000 demandes de pose ont été enregistrées en quelques mois.
Entre méfiance et modernisation
Derrière ces frais, c’est une véritable fracture numérique qui se dessine. D’un côté, ceux qui voient dans Linky un outil pratique et un pas vers une meilleure gestion de l’énergie. De l’autre, des usagers qui redoutent une atteinte à leur vie privée ou qui s’accrochent à leurs habitudes.
Enedis, de son côté, rappelle que plus la proportion d’anciens compteurs diminue, plus les coûts de gestion se réduisent pour l’ensemble des usagers. Reste à savoir si ces frais finiront par convaincre les derniers irréductibles de franchir le pas… ou s’ils nourriront encore davantage la méfiance envers ce compteur pas tout à fait comme les autres.














