Le 12 février dernier, la France a frappé un grand coup dans la course mondiale à la fusion nucléaire. Le Tokamak WEST, installé au sein du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) à Cadarache, a réussi à maintenir un plasma en état stable pendant 22 minutes et 17 secondes. Un exploit scientifique qui dépasse de 25 % le précédent record, détenu jusque-là par le tokamak chinois EAST.
Pour les chercheurs, cette prouesse est bien plus qu’une simple performance technique : elle marque une étape décisive vers la maîtrise durable du plasma, cet état de la matière indispensable à la fusion. Les composants en tungstène de WEST ont démontré une résistance impressionnante, confirmant que la technologie actuelle peut supporter de tels tests extrêmes.
Une coopération scientifique mondiale
L’aventure de WEST ne se joue pas en solitaire. Ce projet s’inscrit dans un effort international, en collaboration avec d’autres installations emblématiques comme JET au Royaume-Uni, JT-60SA au Japon ou encore EAST en Chine. Cette synergie mondiale illustre l’importance stratégique de la fusion nucléaire, perçue comme une source d’énergie propre et quasi inépuisable.
Les enjeux d’ITER
À quelques kilomètres à peine de WEST se construit ITER, le réacteur expérimental international qui doit, à terme, produire 500 MW de puissance de fusion. Les résultats obtenus par le tokamak français offrent un soutien précieux à ce chantier colossal.
La stabilité du plasma reste le défi majeur : par nature instable, il doit être contenu à des températures dépassant les 50 millions de degrés. L’objectif est de prolonger toujours plus sa durée de confinement et de garantir la robustesse des matériaux en contact direct. WEST joue ici un rôle clé, en préparant les futures expériences d’ITER.
Des innovations prometteuses
Avant même ce record, WEST avait déjà exploré des scénarios innovants, comme celui du « point-X rayonnant », qui permet de mieux répartir les flux thermiques et donc de protéger les parois internes du réacteur. Côté puissance, des records ont été atteints avec 5,8 MW injectés via le chauffage Lower Hybrid et plus de 4 MW par le chauffage à fréquence ionique. Des jalons techniques essentiels pour affiner les conditions optimales de la fusion.
Et après les 22 minutes ?
L’étape franchie ouvre la voie à de nouvelles ambitions : prolonger encore la durée des plasmas et augmenter leur température. Les chercheurs espèrent ainsi se rapprocher progressivement des conditions nécessaires à une exploitation commerciale.
Bien sûr, des obstacles subsistent, notamment en termes de viabilité économique et d’infrastructures. Mais avec WEST et ITER, la France s’impose comme l’un des acteurs majeurs de cette révolution énergétique.
La course mondiale à la fusion
La France n’est pas seule dans cette quête. Plusieurs projets avancent simultanément :
- ITER (France) – Objectif : produire 500 MW ; mise en service prévue en 2034.
- SPARC (États-Unis) – Objectif : une production quasi-commerciale de 140 MW ; lancement attendu en 2026.
- KSTAR (Corée du Sud) – Objectif : allonger la durée des plasmas ; record à 30 secondes en 2022.
- STEP (Royaume-Uni) – Objectif : développer un tokamak compact et plus accessible ; horizon 2030.
- FAST (Japon) – Objectif : accélérer les recherches sur la fusion deutérium-tritium.
Si la fusion nucléaire est souvent qualifiée de “Graal énergétique”, c’est parce qu’elle promet une énergie propre, abondante et sans les déchets problématiques de la fission. Et avec ce nouveau record, la France confirme qu’elle est en première ligne pour transformer ce rêve scientifique en réalité.














