Quand emménager dans sa maison neuve vire à l’épreuve quotidienne : à Fos-sur-Mer, des familles font face à une situation absurde et épuisante.
Une vie sans électricité, au XXIe siècle
Depuis le 21 juillet, Daniel vit dans sa maison toute neuve… sans courant. Pas de lumière, pas de réfrigérateur, pas de plaques électriques. Pour se débrouiller, il a sorti l’artillerie de fortune : groupe électrogène, réchaud à gaz et lampe torche pour s’éclairer jusqu’aux toilettes. Un quotidien qu’il gère tant bien que mal, mais qui finit par peser.
« On s’adapte, mais là, ça commence à bien faire », souffle-t-il, avec un mélange de lassitude et de résignation. L’électricité, ce confort qu’on prend pour acquis, lui manque cruellement. Et il n’est pas le seul.
Le Consuel, ce papier qui bloque tout
Dans ce lotissement baptisé « Le Domaine de la Crau », plusieurs familles sont dans le même cas. En cause : l’absence de Consuel, cette attestation indispensable validant la conformité de l’installation électrique. Sans elle, impossible de raccorder les maisons au réseau d’Enedis.
Marie, l’épouse de Daniel, n’en peut plus des renvois d’un interlocuteur à l’autre. « On a reçu deux attestations refusées. On vient d’en envoyer une troisième. On espère que cette fois, ce sera bon. » Une situation kafkaïenne où personne ne semble prendre de responsabilité claire.
L’achat d’une vie transformé en piège
D’autres, comme Stéphane, ont préféré repousser l’emménagement. Mais la situation a un coût : deux loyers, un crédit qui court, et au total, 15 000 euros perdus selon ses calculs. « C’est un rêve qui tourne au cauchemar. Une maison, c’est un projet de vie. Aujourd’hui, on vit une frustration permanente. »
Pour beaucoup de ces jeunes propriétaires, il ne s’agissait pas seulement de poser leurs valises. C’était l’aboutissement d’années de travail, de compromis, de rêves mis bout à bout. Et tout ça est désormais assombri par deux mois d’attente, d’incompréhension et d’agacement.
Des retards en cascade… et un espoir fragile
Le maître d’œuvre, contacté par téléphone, admet des retards importants sur le chantier. En cause : la faillite de l’entreprise initiale, obligeant à reconstituer toute l’équipe, corps de métier par corps de métier. Il affirme que toutes les habitations devaient être enfin alimentées à partir du 11 septembre.
Mais au-delà des branchements, les séquelles psychologiques demeurent. Deux mois sans électricité, ce sont deux mois de stress, de dépenses imprévues, d’interrogations sur le sérieux des démarches administratives et des garanties promises.
Pour ces familles, le retour à la normale sera forcément teinté d’amertume. Car rien ne pourra vraiment compenser l’usure mentale et financière de ces longues semaines passées… dans le noir.














