Cinq brise-glaces chinois viennent de prendre la route de l’Arctique, un déploiement inédit qui dépasse le cadre de la science. Derrière les missions océanographiques affichées, c’est toute une stratégie géopolitique qui se dessine sur la banquise.
Une armada qui intrigue les observateurs
Le 5 juillet 2025, le Xue Long 2, le plus grand brise-glace jamais construit en Chine, a quitté Shanghai. Capable de fendre en continu une glace de 1,5 mètre d’épaisseur, il a été rejoint par le Shen Hai Yi Hao, véritable laboratoire flottant équipé de robots sous-marins et de drones autonomes.
À ces deux mastodontes se sont ajoutés :
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le Ji Di, affecté à la mer de Béring, avec une destination probable vers l’île de Baffin au Canada,
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le Zhong Shan Da Xue Ji Di, un navire de 42 ans anciennement canadien puis russe, désormais sous pavillon chinois,
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et enfin le Tan Suo San Hao, le plus récent, conçu pour naviguer toute l’année dans des glaces épaisses grâce à sa certification classe polaire 4.
Cette flotte hétérogène et complémentaire fait de Pékin un acteur polaire qui ne passe plus inaperçu.
Science et stratégie, un mélange assumé
Officiellement, ces navires cartographient les fonds marins, analysent la biodiversité et testent des technologies. Mais leurs équipements – caméras bathymétriques, capteurs profonds, bras robotiques – laissent peu de doute : il s’agit aussi d’explorer les ressources et de préparer le terrain pour de futures revendications.
En comparaison, les États-Unis ne disposent actuellement que d’un seul navire opérationnel, le USCGC Healy, en attendant la mise en service du Storis en Alaska. La disproportion alimente les interrogations sur les véritables ambitions de Pékin.
L’Arctique, nouvel échiquier mondial
Sous les glaces se cachent des trésors : près de 90 milliards de barils de pétrole et 47 000 milliards de m³ de gaz, selon l’US Geological Survey. S’ajoutent les routes maritimes émergentes, comme le passage du Nord-Ouest ou la route du Nord, qui réduisent drastiquement les distances entre l’Europe et l’Asie.
Depuis 2018, la Chine revendique une « route de la soie polaire », malgré son statut d’observateur au Conseil de l’Arctique. En 2023, elle a signé un accord scientifique avec Moscou pour explorer les plateaux continentaux du Grand Nord, consolidant son rôle d’outsider stratégique.
Une course mondiale aux brise-glaces
Si la Russie domine largement avec près de 60 unités, dont 9 à propulsion nucléaire, la Chine entre désormais dans le cercle restreint des pays capables de déployer une flotte conséquente. Le Canada modernise ses navires, la Finlande et la Suède restent des références en Baltique, tandis que les États-Unis accusent un retard préoccupant.
Même des nations non arctiques – France, Royaume-Uni, Australie, Chili – investissent dans ce domaine, preuve que l’avenir du transport et des ressources se joue aussi au pôle Nord.
Pékin, un nouvel acteur incontournable
L’arrivée simultanée de cinq brise-glaces chinois en Arctique illustre une volonté claire : ne pas laisser la Russie et les États-Unis seuls maîtres du jeu. Derrière l’exploration scientifique se profile un objectif plus large : s’imposer comme une puissance polaire et renforcer son influence sur un territoire encore disputé.
Un signe que la « bataille des glaces » ne fait que commencer, et que la Chine entend bien y jouer un rôle de premier plan.














