La Russie renforce son emprise nucléaire mondiale avec un nouveau combustible révolutionnaire

Et si les déchets nucléaires devenaient une ressource stratégique plutôt qu’un fardeau ? C’est le pari de la Russie, qui teste actuellement un nouveau type de combustible baptisé OS-5. Conçu pour les réacteurs rapides de quatrième génération, ce combustible pourrait doubler le rendement énergétique, réduire la production de déchets radioactifs et consolider la position de Moscou sur le marché mondial du nucléaire.

OS-5, un design inédit pour les réacteurs rapides

Le secret de l’OS-5 tient dans une innovation simple mais redoutable : une fine couche de métal liquide insérée entre le combustible et sa gaine. Cette interface agit comme une barrière thermique et mécanique, réduisant les contraintes qui s’exercent habituellement sur les crayons de combustible lorsqu’ils chauffent. Résultat : une durée de vie plus longue, une stabilité accrue et un risque réduit de fissuration.

Ce nouveau combustible est spécialement conçu pour le BREST-OD-300, un réacteur à neutrons rapides en construction à Seversk. Sa particularité est de fonctionner en « cycle fermé », c’est-à-dire d’utiliser comme carburant ce que les centrales classiques considèrent comme des déchets : plutonium et actinides mineurs.

Plus de rendement, moins de déchets

Le paramètre clé, appelé « burnup », mesure la quantité d’énergie extraite du combustible. L’OS-5 vise à doubler ce rendement, passant de 6 % à environ 12 %. Concrètement, cela signifie produire deux fois plus d’électricité avec la même quantité de matière et générer deux fois moins de déchets à gérer.

Un tel progrès représenterait une avancée considérable dans la gestion du combustible usé, l’un des principaux défis de l’industrie nucléaire mondiale.

Un cycle intégré sur un même site

À Seversk, Rosatom ne se contente pas d’un réacteur expérimental. L’entreprise construit un complexe complet regroupant une usine de fabrication, une unité de retraitement et une installation de refabrication du combustible. Objectif : éviter les transports sensibles, limiter les risques et rendre le cycle totalement autonome.

Avant de déployer massivement cette innovation, Rosatom prévoit de tester l’OS-5 dans le BN-600, un réacteur rapide en service depuis les années 1980. Si les résultats sont concluants, le combustible sera intégré au futur BN-1200M, un réacteur de 1 200 MW destiné à prouver la viabilité industrielle de ce modèle.

Un atout stratégique pour la Russie

Avec cette avancée, la Russie espère consolider sa place dominante dans le secteur. Déjà, Rosatom fournit près de 40 % du marché mondial de l’enrichissement de l’uranium. En misant sur un cycle du combustible plus efficace et durable, Moscou se positionne comme un acteur incontournable de la transition énergétique mondiale.

Et en France ?

De son côté, la France poursuit une stratégie plus prudente. Grâce à Orano, elle maîtrise déjà le retraitement du combustible à La Hague, où 1 700 tonnes sont recyclées chaque année pour produire du MOX (mélange d’uranium et de plutonium). Si les réacteurs rapides hexagonaux Phénix et Superphénix ont été arrêtés pour des raisons politiques, le savoir-faire demeure, notamment via le CEA. Le projet ASTRID, suspendu, pourrait être relancé si le contexte l’exige.

Avec l’OS-5, la Russie veut prouver que l’avenir du nucléaire passe par un cycle fermé, plus performant et plus respectueux de l’environnement. Une avancée technologique qui pourrait bien redessiner l’équilibre des forces dans la guerre énergétique mondiale.

 

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