0,077€ le kWh : ce village chauffe ses maisons à prix imbattable grâce au miscanthus

Imaginez chauffer votre maison à prix d’ami, tout en admirant de longues tiges vertes coiffées de plumeaux marrons dans le paysage. À Bernwiller, dans le Haut-Rhin, ce rêve champêtre est bien réel grâce à une graminée appelée miscanthus, cultivée localement… et qui met tout le monde d’accord, y compris le portefeuille.

Le miscanthus : une plante pas juste bonne pour les vases

Autour de Bernwiller, impossible d’ignorer les parcelles de miscanthus. Cette commune d’environ 1 200 habitants, située à une quinzaine de kilomètres au sud-ouest de Mulhouse, a marqué l’histoire en devenant la première de France à utiliser cette graminée rhizomateuse… pour se chauffer !

L’aventure a commencé en 1993, quand Mathieu Ditner, alors maire d’Amertzwiller (aujourd’hui fusionnée avec Bernwiller), plante du miscanthus avec plusieurs agriculteurs du coin, pour fixer les sols. Mais c’est en 2008, face à une forte hausse du taux de nitrate à leur puits de captage (de 20 à 40 mg/l en dix ans), que la plante devient précieuse : « On savait que le miscanthus n’avait pas besoin d’intrants (engrais, pesticides), alors on en a mis sur le bassin de récupération d’eau de pluie. » Pas moins de 27 hectares sont alors financés par le syndicat des eaux.

Du champ… aux radiateurs

Le déclic pour le chauffage viendra plus tard. Mathieu Ditner, curieux jusqu’au bout des racines, teste la combustion du miscanthus dans sa chaudière personnelle. Verdict : la graminée chauffe même mieux que le bois, avec un pouvoir calorifique supérieur de 5 %. Partageant la bonne nouvelle, l’idée séduit la commune. En 2011, le réseau de chaleur à base de miscanthus est lancé, et personne ne semble le regretter aujourd’hui !

Ce circuit court a de quoi séduire : « Le miscanthus repousse tout seul chaque année et est utilisé localement, c’est parfait », apprécie Patrick Baur, maire actuel de Bernwiller, qui accueille à tour de bras des élus venus découvrir la plante miracle. Et pour cause, elle est beaucoup plus abordable que les énergies classiques, atout de poids en pleine inflation.

Chaud dedans, pas chaud pour le prix

Côté facture, la commune négocie l’achat de la plante à seulement 110 euros la tonne auprès des agriculteurs locaux, leur facilitant la vie, car la récolte de fin mars-début avril et le stockage sous deux vastes hangars sont assurés par des prestataires.

  • Le prix de vente du kilowattheure pour les habitants ? 0,077 euro !
  • À titre de comparaison, le kWh d’électricité coûte a minima 0,19 euro…

Bien sûr, il y a aussi un abonnement, rappelle Marie, habitante dont la maison, reliée au réseau de chaleur long de trois kilomètres, affiche une facture annuelle n’excédant jamais 1 500 euros pour 120 m². « Ça fonctionne du 15 septembre au 15 mai. Jamais plus de 100 euros à payer par mois. Ça marche nickel, on ne regrette pas du tout. »

Petite précision tout de même : tous les foyers n’en profitent pas. Seuls ceux proches de la route principale et d’un nouveau lotissement y sont raccordés. Mais l’économie réalisée par la commune vaut le détour, d’autant que les écoles, la salle des fêtes, l’église et le presbytère sont eux aussi connectés. Deux chaudières, l’une du côté d’Amertzwiller, l’autre à Bernwiller (spécialement adaptée en 2018), avalent la majorité des 300 tonnes récoltées.

Un circuit bien huilé… Un peu poussiéreux, mais personne ne s’enflamme !

Le fonctionnement est simple : le miscanthus, coupé en petits bouts de cinq à six centimètres, est stocké dans un silo de cinq tonnes accolé à la chaudière. Un système automatisé l’achemine vers le corps de chauffe. Un ouvrier recharge le silo tous les quinze jours – voire plus souvent si Madame Météo s’invite avec un froid de canard.

Seul petit revers de la médaille : « Ça fait un peu de poussière, il faut balayer après », concède le maire. Il en faudrait plus pour refroidir les Bernwillerois ! Désormais, la commune souhaite même augmenter la surface cultivée, ayant parfois souffert de pénurie en fin de saison. La solution ? Trouver une dizaine d’hectares supplémentaires, ce qui pourrait représenter 10 à 15 tonnes par hectare. Une réunion entre agriculteurs est prévue pour décider qui sautera le pas… ou la botte !

Notons que tous ne souhaitent pas forcément suivre cette filière : Mathieu Ditner et son fils, Jérémy, utilisent par exemple le miscanthus comme paillage horticole. Une autre vie, avant qu’il ne finisse, peut-être, dans la chaudière locale !

Le miscanthus : une solution locale, durable, abordable… et qui ne manque pas de panache. Pour qui rêve de chauffer sa maison avec le sourire, ce village alsacien donne l’exemple à suivre et semer partout !

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