Ni essence ni hydrogène : et si le diesel au méthane était le joker insoupçonné pour réinventer le transport longue distance ? Mais attention, la solution miracle n’existe pas… cependant, un savant cocktail de petites idées audacieuses pourrait bien changer la donne !
Comprendre le défi : le méthane, ce gaz pas si naturel que ça
Quand la revue Nature publie une étude internationale, il faut tendre l’oreille. En 2020, la concentration de méthane dans la haute atmosphère a explosé tous les compteurs, atteignant un record jamais vu depuis les années 80. L’enquête révèle un coupable inattendu : le grand confinement mondial. Avec la chute vertigineuse du trafic routier, les émissions d’oxydes d’azote (NOx), surtout produites par les moteurs diesel, ont, elles aussi, plongé. Or, ces NOx ont un talent caché : sous l’action du rayonnement solaire, ils se muent en radicaux hydroxyle (OH), champions pour dégrader le méthane flottant dans l’atmosphère. En leur absence, le méthane a eu champ libre pour s’accumuler.
Petite parenthèse : les NOx ne sont pas un reste de carburant, mais le fruit des hautes températures et pressions dans les moteurs, transformant l’azote et l’oxygène de l’air. On doit bien avouer que certains ingénieurs, comme ceux de PSA (souvenez-vous du Diesel gate), avaient bidouillé leurs moteurs HDI pour limiter les NOx en ville, mais les laissaient filer joyeusement sur route. Malin, ou plutôt… rusé.
Méthane : un super-vilain méconnu et insaisissable
Le méthane, c’est ce fameux « gaz naturel » qui chauffe nos foyers. Sauf que, s’il part dans la nature sans être brûlé, il affiche un potentiel de réchauffement instantané 80 fois supérieur à celui du CO2 (quand même !) et 27 fois supérieur sur la durée.
Le souci ?
- Il échappe de partout : digestion des ruminants, décomposition des matières organiques (encore pire avec le dégel sibérien/canadien), industrie du charbon, du pétrole, du gaz, transport, usage…
- Même vos composteurs, mal utilisés, peuvent devenir de véritables petits méthaniseurs à ciel ouvert.
Désormais, la réduction du méthane est jugée aussi cruciale que celle du CO2. D’après Fatih Birol (Agence internationale de l’énergie), baisser de 30 % les émissions mondiales de méthane d’origine humaine d’ici la fin de la décennie aurait sur le climat le même effet, d’ici 2050, que de rendre l’ensemble des transports à zéro émission nette de CO2. Autant dire que le défi est de taille.
Diesel au méthane : une fausse piste ou le chaînon manquant ?
Les industriels ne baissent pas les bras et multiplient les idées pour piéger le méthane là où il surgit. Impossible pour l’instant de jouer sur la digestion des bovins, mais ça se capte en toiture d’étable, voire sur le museau de la vache… et surtout, on exploite le biogaz issu de leurs déjections, injecté dans le réseau pour les fermes chanceuses situées pas trop loin.
Et devinez quoi ? Transformer les tracteurs et moteurs au gaz produit localement, ce n’est vraiment pas sorcier. Mieux encore, le moteur diesel est le mieux placé pour carburer au méthane avec quelques adaptations seulement (comme pour convertir une essence au GPL), tout en crachant beaucoup moins de particules (les NOx restent en embuscade, désolé !).
Un moteur qui consomme un gaz à effet de serre tout en émettant un autre gaz qui l’atténue, voilà qui ressemble à une potion magique. Presque mieux que le double effet Kiss Cool, vous ne trouvez pas ?
Mythe et réalité : le méthane, un futur raisonnable mais limité
Pour le transport routier de longue distance, le diesel au méthane a de sérieux arguments. Le moteur électrique à batteries ne tient pas la route sur ces usages, et l’hydrogène réclame une montagne de panneaux solaires (910 km² !) ou 15 réacteurs nucléaires rien que pour 100 000 camions… alors qu’il y en a 3 millions en Europe. Faites le calcul, c’est édifiant.
En prime, le méthane se produit « facilement » à partir de déchets organiques, domestiques, agricoles ou forestiers. Même si certains agriculteurs en sont venus à méthaniser du maïs (merci la flambée des prix du gaz…), globalement, cette filière ne concurrence pas l’alimentation humaine.
Pour autant, il ne faut pas s’emballer :
- La production de méthane reste une énergie d’appoint ; même en démultipliant les méthaniseurs et en tapant dans tous les déchets, il serait impensable de remplacer complètement le gaz russe.
- L’objectif du 100 % électrique en 2035 s’éloigne, les bornes de recharge flambent, on manque de métaux rares et le diesel, potentiellement, pourrait redevenir un pilier de mobilité (surtout avec le prix du gazole voué à exploser à cause de l’embargo sur la Russie et des détours logistiques à venir).
En conclusion : pas de miracle, ni du côté du diesel ni du biogaz, et encore moins un miracle énergétique. Mais une multitude de solutions locales, complémentaires, innovantes. C’est le moment de remplir vite et bien notre grande boîte à petites idées… au méthane ou ailleurs !














