En Bretagne, sur une parcelle de Locmélar, un petit miracle vert grandit à vue d’œil : les paulownias, stars asiatiques de la captation de CO₂ et des revenus sur un hectare, révolutionnent le quotidien de deux agriculteurs audacieux. Récit d’une aventure végétale qui fait courir le monde… jusqu’au bout du Finistère.
Un hectare, deux frères et quatre mètres en quatre mois
À Locmélar, non loin de Landivisiau dans le Finistère, quelque chose pousse… et pas qu’un peu ! Les frères Stéphane et Jérôme Gueguen, agriculteurs, se sont lancés à l’été 2022 dans la plantation de paulownias sur une parcelle d’un hectare. Et quand on dit « ça pousse », eux, ils parlent de près de quatre mètres… en seulement quatre mois. Pour Sandrine Berkel, cofondatrice de l’entreprise Arbre Paulownia, basée à Plougoulm et fournisseuse des plants, ils sont tout simplement « des pionniers ». Pari réussi ?
Dans cette histoire, il y a de l’aventure, du suspense… et beaucoup de feuilles. Ces arbres de la variété Phoenix One® ne sont pas que précoces : ils supportent même le gel jusqu’à -10 °C. Pour leur garantir une croissance bien droite et homogène (car qui voudrait d’un arbre voûté, franchement ?), les agriculteurs ont procédé à une coupe des troncs fin mai 2023. Depuis, les arbres sont repartis de plus belle : aujourd’hui, ils culminent à environ quatre mètres.
Un super-arbre asiatique, champion de la croissance… et du climat
Mais d’où vient cet enthousiasme pour le paulownia ? Il faut dire que ce végétal originaire d’Asie fait montre de super-pouvoirs qui font pâlir d’envie les autres arbres à la ronde :
- Absorption jusqu’à dix fois plus de CO₂ que les arbres classiques
- Pousse rapide : entre 12 et 15 mètres d’ici 7 à 10 ans
- Feuilles qui tombent en automne (oui, la modération a du bon !)
- Non-invasif, adapté au gel
Et ce n’est pas tout. Comme l’explique Julien Kloesmeyer, cofondateur de l’entreprise : le bois de paulownia est prisé pour la construction de tiny houses, de planches de surf et de meubles. Bref, un arbre à tout faire… et à forte valeur ajoutée.
Côté coulisses : investir, suivre, récolter
Le miracle, ce n’est pas (que) la vitesse de pousse : c’est aussi l’investissement maîtrisé et les perspectives de revenus. Les frères Gueguen ont investi moins de 5 000 € pour cet hectare. De quoi imaginer des retours alléchants après la première coupe : entre 60 000 et 80 000 € par hectare. Même le plus réticent des gestionnaires de portefeuille tourne la tête !
Mais la magie du paulownia n’efface pas l’exigence du travail : « C’est un arbre magique, mais le cultiver demande quelques efforts ! » résume Sandrine Berkel. Au début, les arbres ont eu droit à de l’égard et à une bonne ration d’eau : deux litres par arbre tous les deux jours environ durant les trois premiers mois. Sûr que le public ne voit que la forêt, jamais le jardinier derrière…
Côté commercialisation, le choix est laissé aux planteurs : vendre le bois via un contrat de rachat avec prix bloqués proposé par l’entreprise Arbre Paulownia, ou se lancer eux-mêmes dans la recherche d’acheteurs. À noter, la demande ne manque pas : chaque semaine, Sandrine Berkel et Julien Kloesmeyer reçoivent des appels de personnes prêtes à acheter du bois de paulownia.
Un succès qui attire les curieux de toute la France
Le 14 septembre 2023, la petite parcelle finistérienne s’est transformée en lieu de pèlerinage horticole. Curieux venus de toute la France : agriculteurs souhaitant valoriser leurs terres, mais aussi particuliers dotés de quelques ares, tous sont venus constater sur place ce miracle vert.
En France, le marché du paulownia est appelé à se développer. « Il y a un marché à développer en France », insistent Sandrine Berkel et Julien Kloesmeyer. Et à les entendre, la vague verte ne fait que commencer, portée par la curiosité, l’appétit écologique et, avouons-le, la perspective de revenus qui font rêver.
Conseil d’ami : si vous voyez pousser un Paulownia dans votre quartier, tenez-vous prêt à expliquer à vos voisins que non, cet arbre géant ne vient pas d’un autre monde… mais qu’il pourrait bien révolutionner le nôtre ! À surveiller de très près : la forêt du futur pourrait bien s’enraciner ici.














