On croit souvent que moins de voitures sur les routes, c’est forcément synonyme de ciel plus pur et planète sauvée. Et pourtant, la science adore brouiller les pistes. Réduire la pollution automobile, c’est bien… mais attention au piège du progrès à sens unique !
Moins de voitures, moins de pollution ? Pas si simple…
Lors du confinement historique de 2020, les grandes villes ont semblé respirer pour la première fois depuis longtemps. D’après des mesures officielles – on pense notamment à celles recueillies par Airparif – la forte chute du trafic routier a eu un effet clair : la concentration en oxydes d’azote a nettement diminué dans l’air. Voilà donc une bonne nouvelle, non ? Oui, mais… Pas de baguette magique : tous les polluants atmosphériques n’ont pas suivi la même courbe descendante. Les particules fines, par exemple, ont bien moins baissé malgré l’arrêt des klaxons et des pots d’échappement.
Encore plus étonnant : dans plusieurs régions du globe, des chercheurs ont remarqué que la concentration en méthane, ce fameux gaz à effet de serre dont tout le monde se méfie, avait au contraire augmenté là où le trafic automobile avait chuté. Et là, tout le monde s’est gratté la tête…
Le rôle inattendu des oxydes d’azote… et des radicaux hydroxyles
Pour comprendre ce mystère de pollution, direction le labo du professeur Shushi Peng à l’université de Pékin, dont l’équipe a publié une étude dans la revue Nature. Selon leurs découvertes, la raison est à chercher du côté d’étonnantes réactions chimiques dans notre bonne vieille atmosphère.
- Oui, réduire la circulation fait logiquement chuter les émissions d’oxydes d’azote.
- Mais voilà où le bât blesse : ces oxydes d’azote favorisent la présence dans l’air de « radicaux hydroxyles » (OH).
- Or ces radicaux hydroxyles ont l’élégante fonction de neutraliser le méthane…
- Donc, si les émissions d’oxydes d’azote baissent, il y a moins de radicaux OH, et le méthane s’accumule !
C’est l’effet domino auquel personne ne s’attendait : toucher à un polluant, c’est risquer d’en stimuler un autre. Pas très fair-play, l’atmosphère…
Méthane en hausse : le réchauffement s’invite à la fête
L’étude du professeur Peng ne s’arrête pas là : elle souligne que la baisse des oxydes d’azote n’explique pas à elle seule la hausse du méthane observée durant le confinement. Le coupable principal, ou du moins son acolyte : le réchauffement climatique. Ce dernier encourage la libération massive de méthane dans les zones humides du globe, comme les marécages ou les tourbières.
- Moins de circulation = moins d’oxydes d’azote = moins de radicaux hydroxyles = plus de méthane.
- Mais aussi : hausse des températures = relargage naturel accru de méthane dans l’atmosphère.
On se retrouve ainsi avec un cocktail explosif de gaz à effet de serre, parfois à l’insu de nos efforts bien intentionnés.
Impossible équilibre : santé publique ou climat ?
Face à cette situation, on pourrait être tenté de faire revenir les « bons vieux » oxydes d’azote pour neutraliser le méthane. Erreur fatale ! L’oxyde d’azote est un polluant particulièrement dangereux pour la santé humaine. On ne va quand même pas troquer l’asthme contre la fonte des glaces ! En somme, la solution miracle du retour en arrière n’existe pas.
Tout l’enjeu des prochaines années sera donc de relever un double défi :
- Réduire les polluants comme les oxydes d’azote pour protéger notre santé
- Limiter en même temps l’augmentation insidieuse des émissions de méthane, qui, lui, réchauffe bien plus que le CO2
Pas simple, mais indispensable ! Car chaque mesure, même vertueuse, peut avoir son envers du décor. Alors, la lutte contre la pollution automobile, oui, mais avec un regard aiguisé et une bonne dose d’humilité scientifique. À méditer lors de vos prochains trajets… ou de vos pauses lecture !














