Longtemps restée en retrait sur le nucléaire, la Norvège explore désormais une voie inédite : celle des centrales flottantes. Porté par Norsk Kjernekraft et Ocean-Power AS, ce projet associe innovation technologique et expertise maritime, avec pour ambition de renforcer un mix énergétique déjà très décarboné et de répondre à la montée en puissance de l’industrie électrifiée.
Quand l’hydroélectricité ne suffit plus
En 2024, plus de 91 % de l’électricité norvégienne provenait de l’hydroélectricité, complétée par environ 7 % d’éolien terrestre. Si ce modèle a longtemps couvert les besoins nationaux, l’essor de l’industrie lourde, l’électrification des transports et la transition de la mer du Nord imposent désormais d’augmenter la production pilotable et stable.
C’est dans ce contexte que le nucléaire, longtemps absent du paysage norvégien, revient dans le débat. La solution retenue n’est pas une centrale terrestre classique, mais des SMR flottants (Small Modular Reactors), compacts, préfabriqués et réputés plus sûrs.
Des SMR installés sur barges
Chaque barge accueillerait un réacteur de 200 à 250 MW, capable d’alimenter environ 200 000 foyers. L’objectif est clair : fournir une énergie continue aux zones industrielles côtières, aux ports énergivores ou encore aux plateformes offshore de la mer du Nord, souvent alimentées par du gaz ou du fioul.
Le principe est simple : une fois amarrée, la barge se connecte au réseau ou directement aux infrastructures voisines. Elle agit comme une centrale mobile et flexible, un atout considérable dans un pays aux côtes immenses.
Un projet pensé pour le climat et la sécurité énergétique
Le recours aux SMR permettrait de réduire drastiquement la dépendance aux combustibles fossiles. Ocean-Power envisage aussi d’intégrer des systèmes de captage de CO₂ sur certaines versions hybrides au gaz. Mais l’option nucléaire reste la plus efficace pour éliminer les émissions dès la source.
Jonny Hesthammer, PDG de Norsk Kjernekraft, résume l’ambition : « C’est une étape importante vers un engagement durable en faveur du nucléaire en Norvège, impliquant le meilleur de l’industrie locale. »
Une expertise maritime au service du nucléaire
La Norvège dispose d’une solide expérience dans l’offshore, acquise avec le pétrole, le gaz et l’éolien en mer. Ce savoir-faire constitue un atout stratégique pour concevoir des infrastructures capables de résister aux conditions extrêmes de l’Atlantique nord.
Pour Erling Ronglan, PDG d’Ocean-Power, l’objectif est aussi d’exporter ce modèle : « L’énergie nucléaire flottante ouvre de nouvelles possibilités pour un approvisionnement sûr, stable et respectueux du climat, qui pourrait devenir une référence mondiale. »
Un pionnier européen face à la concurrence mondiale
La Russie a déjà ouvert la voie avec l’Akademik Lomonosov, en service depuis 2019 dans l’Arctique. Aux États-Unis, NuScale planche sur des barges SMR, tandis que le Danemark et la Corée testent des prototypes à sels fondus. La Norvège espère s’imposer grâce à sa maîtrise technique et à son image de pays à l’énergie propre.
Ce projet s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification, alors que l’activité pétrolière ralentit. Si les essais sont concluants, ces centrales nucléaires flottantes pourraient devenir un pilier énergétique en Scandinavie… et repositionner la Norvège comme l’un des leaders mondiaux de la transition énergétique.














