À Denver, les ambitions énergétiques prennent une tournure audacieuse. Le maire Mike Johnston et le directeur général de l’aéroport, Phil Washington, ont annoncé leur volonté de faire du site « l’aéroport le plus vert du monde ». Pour y parvenir, ils envisagent une solution encore impensable il y a quelques années : installer un petit réacteur nucléaire modulaire (SMR) directement sur place.
Un mastodonte qui consomme comme une ville
Avec près de 78 millions de passagers en 2024, l’aéroport international de Denver est le 4e plus grand du monde. Derrière ses pistes et ses halls, ce géant de verre et d’acier consomme autant d’énergie qu’une ville moyenne : éclairage permanent, tapis roulants, climatisation, alimentation électrique des avions stationnés…
Les projections annoncent 120 millions de passagers par an en 2045, ce qui soulève une inquiétude : même renforcé par les énergies renouvelables, le réseau électrique local risque de peiner à suivre. Le nucléaire, capable de fournir une électricité continue, stable et décarbonée, apparaît comme une solution séduisante.
Les SMR : petits mais puissants
Contrairement à l’image massive des centrales traditionnelles, les Small Modular Reactors sont des unités compactes, fabriquées en usine et assemblées sur site. Leur puissance varie entre 50 et 300 MW, suffisante pour couvrir les besoins d’un aéroport et bien plus encore.
Ils présentent aussi des systèmes de sécurité passifs : en cas de problème, le réacteur peut s’arrêter et se refroidir automatiquement, sans intervention humaine immédiate. Et leur modularité permet d’ajuster la capacité en fonction de la demande.
Une étude avant décision
Pour l’heure, Denver ne fait que lancer une étude de faisabilité estimée à 1,25 million de dollars. Elle devra répondre à plusieurs questions clés :
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Quel modèle de SMR serait le plus adapté ?
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Combien coûterait réellement l’installation ?
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Qui financerait le projet ?
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Comment assurer la sécurité d’un tel dispositif dans un lieu fréquenté par des millions de voyageurs ?
Les résultats, attendus d’ici 6 à 12 mois, permettront de décider si l’aéroport franchit le pas ou non.
Entre audace et prudence
Phil Washington reconnaît que la technologie est encore jeune : aucun SMR n’est encore en service aux États-Unis. Les coûts et les délais sont incertains, et il faudra convaincre les autorités de sûreté ainsi que les passagers, pas toujours rassurés à l’idée d’un réacteur nucléaire voisin des pistes.
Pour d’autres, au contraire, ce serait un signal fort : l’image d’un aéroport qui assume son rôle dans la lutte contre les émissions, là où beaucoup se contentent de compenser leurs vols avec des projets lointains de reforestation.
Une tendance mondiale
L’initiative de Denver s’inscrit dans une véritable course aux SMR. Aux États-Unis, plusieurs acteurs comme NuScale Power, TerraPower (soutenue par Bill Gates) ou X-energy testent déjà des concepts. Le Canada prévoit une première installation commerciale à Darlington dès 2029. En Europe, le Royaume-Uni mise sur Rolls-Royce SMR, tandis que la France avance avec le programme Nuward, porté par EDF, le CEA et leurs partenaires. Même la Chine a déjà inauguré un premier SMR flottant.
Si Denver concrétise son projet, il deviendra le premier aéroport au monde à héberger un réacteur nucléaire sur son site. Un pari technologique et symbolique, qui pourrait transformer la manière dont les grands hubs aériens s’alimentent en énergie. Demain, les annonces de vols vers Tokyo ou Paris pourraient bien être accompagnées d’une précision inédite : « Cet aéroport fonctionne grâce à un cœur nucléaire compact installé derrière les pistes. »














